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L’éducation pour les plus pauvres Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-08-2004
Chers amis,

Le 5 Juillet 2004 a été un jour important dans la vie des villages autour d'Asmoli. Les petits enfants venant à l’école Saint Antoine en serrant très fort la main de leur papa était un spectacle unique. Ce jour restera dans les mémoires parce qu’il annonce la promesse et l’espoir d’une nouvelle ère : enfin une instruction de qualité est là pour les enfants de ces villages retirés ! A cet instant, nous nous sommes souvenus de tous ceux qui ont œuvré pour que cet événement puisse avoir lieu. Sans eux, cela n’aurait pas été possible.

La différence importante dans le nombre des petits garçons par rapport à celui des petites filles (4:1) nous a surpris et interpelés. Nous serons particulièrement vigilants par rapport à l’éducation des filles. La plupart des parents ne souhaitent pas leur donner d’instruction. Ils veulent les garder à la maison, leur apprendre les tâches ménagères et les marier le plus tôt possible. Certaines filles sont ainsi mariées dès l’âge de douze ans…


Marc Valentin,
Président
 

Toutes les écoles en Inde ont un uniforme, nous avons décidé de faire de même. Sur cette photo, l'enfant au centre a son uniforme, les autres l'ont reçu un peu plus tard.

La nouvelle école

Bien que l'école ait été construite en concertation avec les villageois, nous avons du leur rendre visite chez eux pour bien leur faire comprendre notre projet. Pendant deux mois, nous avons sillonné les villages en leur expliquant l’importance d’envoyer leurs enfants à l’école de manière ponctuelle et régulière. Le sens de l’heure et la ponctualité ne font pas partie des habitudes des villageois. Le directeur et les autres enseignants sont arrivés un mois avant la rentrée scolaire pour préparer la procédure d’inscription. Le jour de la rentrée, il y a eu exactement soixante inscriptions. De nombreux parents sont venus voir comment l’école fonctionne. En très peu de temps, les classes ont été remplies et en l’espace d’une semaine il n’y avait plus un seul siège disponible. Nous avons dû placer une pancarte : “Inscriptions cloturées”...


L'inscription est la première étape pour intégrer l'école. Un tout nouveau monde pour presque chacun de ces enfants...

Accessibilité à l’éducation pour les plus pauvres

Nous avons pris soin d’inclure dans nos règles d'admission, la possibilité d’accéder à l’école pour les enfants les plus pauvres. Le droit d’inscription dans notre école est fixé au niveau le plus bas possible de sorte qu’un enfant peut sans trop de difficultés assumer tous ses frais scolaires. Les enfants issus de familles plus aisées profitent également de cette politique mais l’attention portée aux plus pauvres et aux petites filles sera toujours au premier plan de nos préoccupations.

Cours du soir

Dans les villages environnants, il y a des centaines d’autres enfants. Nous allons œuvrer pour motiver ces enfants à aller dans une école et les aider dans leurs études. Nous envisageons d’organiser des cours de soutien au sein de notre école et nos enseignants les aideront à accomplir leur travail scolaire. Néanmoins, il faut bien se rendre compte que malgré tous les efforts fournis il y aura toujours un certain nombre d'enfants qui n'iront dans aucune école.

Nouveau départ pour les villageois

Envoyer un enfant à l’école dès l’âge de quatre ans n’est pas dans les habitudes des villageois. Il n’existe pas d’écoles maternelles, et les enfants, quand ils vont à l'école, entrent directement en première année. C’était donc une nouveauté pour les villageois d’envoyer leurs très jeunes enfants à l’école.

Rajdeep est venu à l’école avec ses quatre enfants souhaitant les y inscrire tous les quatre. Force a été de constater que l’aîné n’avait pas sa place dans notre école car il avait plus de dix ans et que pour l'instant l'age maximum est 8 ans (équivalent de la première primaire). Le père était prêt à faire délivrer par l'administration un acte de naissance sur base d'un âge de 8 ans. (La plupart du temps, les enfants ne sont pas enregistrés à l'administration et un acte de naissance est seulement rédigé quand on en a besoin). Nous avons inscrit les trois plus jeunes enfants de Rajdeep mais pas l'aîné. Le lendemain, Rajdeep revint à l’école pour nous dire que son aîné refusait de boire et de manger parce qu’il voulait absolument venir dans notre école. Il fréquentait déjà une autre école en quatrième année mais refusait d’y retourner. Nous avons à nouveau refusé son entrée, en lui promettant néamoins de l'aider dans ses études. Mais la protestation de l’enfant est devenue si violente que nous avons finalement accepté de l’inscrire. Nous avons estimé qu'un nouveau refus pouvait l'affecter gravement et qu’il pourrait se sentir rejeté. Le père nous a expliqué que l'école de son aîné ne dispensait aucun enseignement digne de ce nom. Cet enfant est le plus âgé de l’école, il paraît intelligent et a une très grande envie d’apprendre.

Les enfants ne sont pas habitués à la discipline et au début un peu d'entraînement a été nécessaire pour qu'ils se mettent en lignes. Petit à petit ils se sont familiarisés avec les règles de l'école, et avec la vie de l'école en général.

Demande d'un chef de village

C’était un samedi et nous étions en réunion de travail avec le personnel pour faire le point sur la semaine écoulée, lorsqu’un groupe de villageois accompagnés de leur chef fit irruption pour des inscriptions à l’école. Le directeur essaya de leur faire comprendre que les inscriptions étaient cloturées. Mais les gens de villages n’ont pas l’habitude qu'on leur dise “non” et le problème est vite devenu une question de prestige et d'honneur. Nous devons être patients et faire preuve de beaucoup de tact. Finalement, après discussion nous avons décidé de prolonger de huit jours la période des inscriptions.

Le système des castes, un défi à relever

À l’école, nous avions besoin d’une personne pour nettoyer les locaux et aider les petits enfants des classes maternelles pour aller aux toilettes, boire, etc. Nous avons pensé confier cette fonction à quelqu’un de très pauvre et sans revenus. Nous avons donc recherché une femme au village pour ce poste. La réponse a été que seule une personne de la caste des balayeurs pouvait accomplir cette tâche. Dans ces villages, le système de castes est appliqué strictement par la population.

Au cours du troisième jour d’école, un groupe de parents est venu me voir pour se plaindre que la femme employée pour le ménage de l’école avaient distribué de l’eau à boire aux enfants. Connaissant leur susceptibilité en matière de castes, je n’ai pas affronté les parents de front, mais je leur ai dit que moi-même je buvais l’eau qu’elle me donnait et que je n’avais aucun problème.

Molly Sebastian,
Responsable projets

 


 

Sheela appartient à une basse caste. Les hautes castes pensent que ces gens sont impurs. Ce sera difficile pour nous de lutter contre le système des castes.
 
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